Small picture of Donizetti

 

 

Gaetano Donizetti

Gilles de Van

Paris, Bleu nuit éditeur, 2009.

 

 Book review by Stella Rollet

Donizetti Society Newsletter 109, February 2010, pp. 16-18.

Le nouvel ouvrage publié par le musicologue Gilles de Van complète avantageusement la première biographie en langue française du compositeur, due à Philippe Thanh et éditée en 2005. Ce travail apporte donc une nouvelle pierre à l'édifice en dépassant le strict cadre biographique et en proposant une analyse générale des principales partitions du maestro. C'est une initiative qu'il faut saluer car ce livre contribue à la renaissance donizettienne en France. Il offre, en effet, un accès facile et direct à la connaissance de Donizetti pour un public mélomane plus large, car il peut désormais l'appréhender sans maîtriser une langue étrangère.

Ce nouveau Donizetti est assez court et se compose de six chapitres. Le premier est consacré à « la vie » et à « la personnalité » du compositeur. C'est un passage obligé mais qui n'apporte rien de neuf par rapport aux connaissances courantes. L'auteur le sait bien d'ailleurs et ne propose ici qu'une synthèse de moins de dix pages, qui exploite parfois des erreurs assez répandues. La principale consiste à attribuer à Donizetti une lettre faisant l'éloge de Bellini et dont William Ashbrook a démontré qu'il s'agissait, selon toute vraisemblance, d'un faux attribuable à Francesco Florimo. Signalons aussi que la nomenclature utilisée pour désigner les lettres tirées de la correspondance publiée en 1948 par Guido Zavadini est erronée. Selon la tradition, et pour plus de commodité, elles sont indiquées selon le modèle suivant : « Z306 ». Le chiffre correspond ici au numéro attribué par Zavadini à chaque lettre en fonction de la chronologie. Or, par étourderie, Gilles de Van utilise à la place le numéro de page, créant un flou quant à l'épître qu'il cite.

Le deuxième chapitre, « Donizetti et l'opéra de son temps », est une mise en perspective. Quelle place occupe Donizetti dans l'évolution générale de l'opéra ? Dans quelles conditions travaille un compositeur italien dans la première moitié du XIXé siècle (relations avec les impresarii, les chanteurs, le public) ? Telles sont les questions auxquelles Gilles de Van apporte des réponses. Il s'agit donc d'un chapitre beaucoup plus problématisé dans la forme. Quant au fond, il s'agit, pour l'essentiel, d'une nouvelle synthèse mais qui concerne cette fois ce que l'on sait des conditions de travail des compositeurs, pnncipalement italiens, de la première moitié du XIXé siècle. Ce chapitre se termine par l'annonce du plan suivi pour la construction des suivants. La première partie de l'ouvrage fait donc plutôt office d'introduction.

En effet, c'est seulement à partir du troisième chapitre que l'ouvrage commence véritablement. Le lecteur le perçoit très clairement. Cette seconde partie est découpée en quatre phases : la formation (1816-1830), la maturité (1830-1835), la célébrité (1835-1838) et la reconnaissance européenne (1838-1843). Il s'agit de ruptures considérées comme classiques dans le parcours musical de Donizetti et qui sont notamment retenues, en partie du moins, par William Ashbrook ou Guido Zavadini.   On passe ici de l'aspect historique à l'aspect musicologique. Gilles de  Van analyse le style de Donizetti en tant que musicien mais aussi la dramaturgie dominante dans ses œuvres. Ces deux aspects sont mis en parallèle avec ce qu'ont pu produire ses prédécesseurs ou ses contemporains de manière à montrer comment ils l'inspirent ou l'influencent mais aussi pour mettre en avant son originalité. Cette étude, avant tout musicologique, n'est cependant pas totalement détachée de la donnée biographique et les grandes étapes de la vie de Donizetti reviennent sous la plume de l'auteur, de façon plus détaillée que dans la première partie. Pourtant, chaque période n'est pas traitée de manière strictement chronologique. Le but est avant tout de mettre l'accent sur les œuvres majeures qui sont le signe de l'affirmation et de l'évolution du style donizettien. Un résumé de l'intrigue accompagne également l'évocation des œuvres. Gilles de Van réserve en outre une place de choix, indépendamment de l'analyse générale, aux morceaux les plus saillants - par leur notoriété ou simplement par leur importance au sein de l'œuvre. L'ensemble est accompagné de courts exemples musicaux qui illustrent efficacement le propos et mettent principalement en valeur les thèmes les plus typiquement donizettiens.

L'ouvrage comprend également plusieurs annexes de qualité permettant au lecteur qui cherche à découvrir Donizetti d'accéder aisément au catalogue de ses œuvres principales, à une discographie et à une bibliographie de base ainsi qu'à un rappel chronologique de sa vie. L'iconographie - particulièrement fournie - est également d'un grand intérêt. On retrouve les images traditionnelles, à commencer par le portrait qui orne la couverture, mais aussi la caricature du Charivari,l'autoportrait de Donizetti, le daguerréotype le représentant à la fin de sa vie ou encore le portrait de Virginia en 1829, qui sont tous de « vieilles connaissances ». On y croisera aussi les représentations qui illustrent habituellement certaines œuvres comme Anna Bolena, L'elisir d'amore. Don Pasquale ou Dom Sébastien de Portugal.  Mais d'autres illustrations, que l'on s'attend moins à rencontrer, enrichissent également ce beau livre, entre autres une vue de Florence au XIXe siècle, un portrait du XVIé siècle représentant Roberto Devereux ou encore L'Assassinat de Marina Faliero de Delacroix (1827).

Malgré toutes ces richesses, on nous permettra de rester un peu perplexe une fois le livre refermé. Il semble manquer un accord final à cette publication. En effet, l'auteur nous prive d'une conclusion qui aurait pu être l'occasion d'expliquer en quoi il avait atteint l'objectif qu'il s'était fixé. Sur ce point d'ailleurs, il n'entre pas dans les détails puisque, dans l'avant-propos, après un court rappel des travaux existants, il note simplement vouloir « contribuer à une meilleure connaissance » de Donizetti.  L'absence de conclusion nous incite à nous substituer à l'auteur en nous demandant s'il a atteint son but et en quoi consiste sa contribution aux études donizettiennes. En d'autres termes, peut-on réellement prêter à cet ouvrage un caractère novateur ? Nous sommes tentés de répondre par la négative. Que les véritables spécialistes de Donizetti ne s'attendent guère à faire de grandes découvertes. Ce que nous écrivons n'est pas le moins du monde une critique mais un simple constat. Du reste, comme nous l'avons noté dès le début de ce compte rendu, le mérite de ce livre, à nos yeux, est ailleurs. Ainsi, s'il n'apporte pas nécessairement de nouvelles connaissances sur Donizetti, il réalise une sorte de guide pratique à l'usage d'un public de « néophytes éclairés » repondant ainsi à la ligne éditoriale de la collection « Horizons » qui est de proposer au lecteur « des monographies de musiciens peu ou mal connus ». Nous ne pouvons donc que saluer cet ouvrage et l'accueillir avec satisfaction.

 

 

 

Page initially published in  2010